{"id":174417,"date":"2016-11-23T22:00:20","date_gmt":"2016-11-24T03:00:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/memetics-story\/"},"modified":"2016-11-23T22:00:20","modified_gmt":"2016-11-24T03:00:20","slug":"memetics-story","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/memetics\/memetics-story\/","title":{"rendered":"Memetics Story"},"content":{"rendered":"<p><p>    DRUIDE : Celui qui est trs    savant  <\/p>\n<\/p>\n<p>    PREMIRE MISSION :  <\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p>    SECONDE MISSION :  <\/p>\n<\/p>\n<p>    TROISIME MISSION :  <\/p>\n<\/p>\n<p>    LES DRUIDES DANS L'ANCIENNE SOCIT    CELTIQUE  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Envisags au sens large, c'est--dire en tant    qu'ils forment une classe sacerdotale, les druides offrent    l'exemple accompli d'un groupe assumant au niveau le plus lev    les valeurs, non d'un tat, mais d'un ensemble ethnique tout    entier, dont il reprsente la foncire unit en mme temps    qu'il contribue puissamment  la maintenir, en dpit d'une    grande dispersion dans l'espace - des rives de l'Atlantique     la Cappadoce. Leur prsence, il est vrai, n'est pas    formellement atteste partout dans le monde celtique; mais ceci    tient, en partie au moins,  l'indigence de notre information.    Celle-ci repose sur les notices occasionnelles livres par la    littrature grecque ou latine relaye, en Bretagne insulaire et    surtout en Irlande, par une littrature mdivale hautement    conservatrice, mais christianise. Au demeurant, le nom mme de     druides  n'est pas connu en dehors du celtique. Mais, de    quelque manire que chaque nation celtique ait organis ce    corps complexe, l'essentiel est qu'il conserve un statut    minemment archaque qui l'apparente, parfois jusqu'au dtail,    aux confrries homologues connues dans d'autres rgions    conservatrices du monde indo-europen :  Rome avec les    flamines et les pontifes, dans l'Inde pr-bouddhique avec les    brahmanes, ces derniers ayant mme  l'poque historique    cristallis en une classe ferme - la premire des trois castes    fondamentales - la position minente et les liens avec    l'aristocratie dirigeante qu'ils dtenaient aux temps    vdiques.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Or, ce dernier trait est prcisment l'une des    spcificits de l'ordre druidique : s'il agit dans l'intrt de    la communaut, c'est de manire implicite; en fait, il apparat    troitement li  l'aristocratie, dans laquelle il se recrute,    mme si l'on ne peut affirmer que, dans l'ensemble, la fonction    ait t rigoureusement hrditaire. En tout cas, il apparat    comme la face savante et sacralisante de la figure royale. Les    activits exerces par les druides (au tmoignage de Csar    comme des vieux textes de l'Irlande) pourraient mme servir     dfinir de manire exemplaire cette fonction sociale    primordiale que G. Dumzil a mise au jour chez les anciens    peuples indo-europens et qu'il a appele, aprs l'indianiste    A. Bergaigne, du nom heureux de  souverainet . Souverainet,    c'est--dire tout ce qui, activits ou modes de penser, rgit    les formes suprieures d'administration du sacr et, sous la    garantie des dieux, de la socit des hommes, avec leurs    prolongements thologiques, juridiques et, plus largement, la    pit, l'intelligence, la divination ou le savoir. La royaut    proprement dite occupe dans ce schma une position  part,    transcendant les deux autres fonctions (guerre et force    physique d'une part, fcondit et productivit de l'autre) tout    en exerant le pouvoir au nom de la premire; et l'on voit dans    l'Inde le roi provenir dans la pratique de la caste    guerrire.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    On ne saurait par ailleurs oublier que les    conditions documentaires dans lesquelles nous atteignons le    paganisme celtique nous interdisent toute investigation en    profondeur sur les motivations proprement religieuses du    prtre, sur ce qu'on serait tent d'appeler une vocation. En    effet, l'historiographie grco-romaine ne s'y intresse pour    ainsi dire que de l'extrieur. Csar nous a laiss, on vient de    le rappeler, une description infiniment prcieuse de    l'institution druidique (De bello Gallico, VI, 13-14); mais    c'est une description d'ethnologue, vraisemblablement tire du    voyageur-philosophe Posidonios, et d'ailleurs sommaire, du    druide duen Diviciacus. Csar ne pouvait retenir, eu gard     son objectif, que l'action politique : il n'a pas cherch en    quoi le prtre et le politique ont pu    interfrer.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Quant aux littratures insulaires mdivales,    elles foisonnent en pisodes qui mettent en scne des    personnages issus de la tradition druidique : magiciens,    conteurs, voire un ancien dieu-druide comme Dagd. Mais les    clercs  qui l'on doit la recension dfinitive des rcits    irlandais ou gallois les ont expurgs en tant  la fonction    druidique une partie de son aspect religieux, du moins au    niveau lev o il pouvait offusquer une conscience chrtienne    : c'est--dire prcisment ce qui intresse l'engagement du    prtre celtique  l'gard de la divinit. Faut-il le dire ? Les    littratures celtiques anciennes n'ont livr l'quivalent ni    d'un Lamennais ni mme d'un Bernanos. En revanche, la place du    druide dans la socit donne matire  un riche dossier, dont    on ne peut prsenter ici que quelques pices matresses. C'est    donc dans un cadre minemment social que la question de    l'engagement peut tre envisage, mme si - et ceci n'est    nullement contradictoire - les comptences multiples de la    classe druidique mlent de manire indissociable, comme en    toute socit archaque, sacr et    profane.  <\/p>\n<p>    I - Les origines  <\/p>\n<p>    Elles ont donn lieu, dans un pass encore    rcent,  maintes controverses. J. Pokorny voyait dans    l'institution druidique l'un des vestiges pr-indo-europens    qu'il croyait reconnatre dans les langues et les civilisations    celtiques. Plus rcemment, l'historien de l'Antiquit J.    Harmand y a vu une institution peu ancienne. En vrit, comme    on l'a brivement indiqu plus haut, il y a lieu de distinguer    l'institution et la terminologie qui s'y rapporte. Cette    dernire peut tre moins archaque, en ce sens que les mots    clefs qui dsignent le prtre-savant ou le devin (druid-,    bardo, weled-) se retrouvent  la fois en Gaule, en Irlande et,    pour les deux derniers, en Galles, sans remonter pour autant    comme tels  la prhistoire indo-europenne. Du moins ces trois    termes sont-ils antrieurs  la sparation, plus rcente il est    vrai qu'on ne le pensait nagure, entre les Gals d'Irlande et    le complexe gallo-brittonique (comprenant la majorit des    Celtes continentaux et de Grande-Bretagne). Rappelons    d'ailleurs en passant qu'il y a lieu de renoncer dfinitivement     l'analyse traditionnelle de druid- (ainsi chez Csar, plur.    druides, etc., et en proto-galique : cf. v. irl. dru, plur.    druidi) par le nom du  chne , analyse inspire entre autres    par le rite de la cueillette du gui. Le vieux breton dorguid     devin  qui lui est visiblement apparent de prs, invite en    effet  y reconnatre un compos de la racine *weid- qui, ds    l'indo-europen, se rfrait  la vision physique, mais aussi     la voyance, et de l au savoir et  la sapience. Cette valeur    religieuse subsiste, dgrade, dans les mots russe vd'ma     sorcire  et armnien get  sorcier, devin . Lacise, elle a    fourni les verbes  savoir  au germanique (nerl. weten, etc.;    mais cf. encore angl. wise  sage, avis ). Restreinte  son    emploi physique, elle nous a donn notre verbe  voir  (lit.    uidere; cf. angl. wit-ness  tmoin ). Le sens de druid- est    donc  trs savant (ou trs voyant) . L'irlandais a, en outre,    form sur le mme modle su (*su-wid-)  trs sage , qui    dsigne parfois le druide dans les textes mdivaux. Mais ce    modle mme est indo-europen : dans l'Inde, les composs    nominaux en -vd- sont dj rig-vdiques; ds l'poque vdique    tardive, l'une des pithtes du brahmane est evam-vid- (litt.     qui sait de manire conforme, qui sait le vrai ), et    d'ailleurs le sanscrit n'ignore pas le compos su-vid-,    faiblement et tardivement attest, il est vrai. Sans doute, le    nom du druide n'est pas  ranger formellement parmi ces    conservatismes en matire de terminologie juridico-religieuse    que le monde italique ou celtique partage avec le monde    indo-iranien (type lat. rix, celt. rix  roi  : sanscr. rj-,    rj, ou encore lat. flamen : scr. brahmn-). Il reste que la    structure du mot et sa signification institutionnelle,    identiques depuis l'ouest du Continent jusqu' l'Irlande,    attestent son existence ds l'poque proto-celtique et font    prsumer la haute antiquit de l'institution elle-mme. C'est     ces antiques confrries sacerdotales, qui apparaissent dans    leurs milieux respectifs comme des survivances, que J.    Vendryes, ds 1914 (dans une communication publie et connue en    1918), attribuait les concordances de terminologie    juridico-religieuse conserves par les rgions priphriques du    monde indo-europen. Le trait le plus frappant, on l'a indiqu    ci-dessus, est le contrle exerc par le druide sur le pouvoir    que nous nommerions aujourd'hui excutif,  l'origine la    royaut. Elle-mme hritage prhistorique, elle survit avec ses    formes traditionnelles en Irlande jusqu' son incorporation     la couronne d'Angleterre, en Bretagne insulaire jusqu'    l'poque romaine; mais, dans la Gaule de Csar, elle avait cd    presque partout le pas  un rgime de magistratures. Mais mme    alors l'action du druide demeure prpondrante : ce sont les    druides duens qui lvent Convictolitavis  la magistrature    suprme (Cs., B. G., VII, 34, 4),  selon la coutume nationale     (more ciuitatis), la royaut ayant d'ores et dj disparu    (intermissis magistratibus). Un rcit pique irlandais montre    comment l'incantation druidique intervenait lors de l'lection    du roi suprme de l'le (ard-r), et d'une faon gnrale la    littrature irlandaise abonde en tmoignages sur l'autorit    spirituelle que les druides, en particulier celui qui tait    attach  la cour, exeraient sur le pouvoir. Si le druide    n'avait pas proprement autorit sur le roi, la coutume lui    assurait du moins une prrogative (au sens romain du terme) que    le rhteur grec Dion Chrysostome, au dbut du IIe sicle de    notre re, a bien exprime :  sans les druides, il n'tait    permis au roi ni d'agir ni de dcider  (Disc., 32 = anc. 49).    Formule que rpte presque mot pour mot tel rcit du cycle    d'Ulster  c'tait un des interdits du roi (des Ulates) que de    prendre la parole avant ses druides  : mme le fier Conchobar    s'y soumet docilement. Un vieux trait lexicologique irlandais,    la  Convenance des noms  (Cir anmann), oppose les druides    qui sont des dieux aux hommes du commun qui ne le sont pas. Or,    ces traits se retrouvent dans l'Inde ancienne, o le brahmane    est magnifi ds les temps vdiques, jusqu' tre qualifi de     dieu-homme , et o l'on voit les raja s'attacher un chapelain     titre personnel,  la fois conseiller, garant de la    bienveillance divine et exorciseur, et qui, dans le crmonial    de la cour, avait la prsance (de l son nom de puro-hita-     plac devant ). Et le peu que nous percevons d'authentique    dans la Rome des rois (les quatre pr-trusques du rcit    traditionnel) donne  penser qu'une solidarit de mme ordre    unissait le rex et le plus minent des trois flammes majeurs :    celui qui desservait le culte de Jupiter, le dieu latin que ses    attributions rapprochaient le plus de la  souverainet  telle    que dfinie ci-dessus. Dans son Mitra-Varuna, p. 26 sv., G.    Dumzil a dress un tableau saisissant des concordances entre    les contraintes rituelles imposes  Rome au flamine de Jupiter    et en Inde au brahmane. Or, on vient de voir que flamen et    brahmn- reposent sur un mme original prhistorique, les    objections ritres  l'encontre de ce vieux rapprochement (et    dont aucune n'est dirimante) se heurtant ici  une sorte    d'vidence premire; et cette identit  la fois rituelle et    lexicale forme une sorte de chanon permettant de relier  cet    ensemble le druidisme celtique, o un *blaxmon- n'a jusqu'ici    pas laiss de trace mais aura t remplac par ce qui semble    avoir t une qualification laudative, sorte de titre    crmoniel :  qui a science ou voyance profonde . Ces    concidences n'puisent pas la liste. En voici quelques-unes    encore, trs diffrentes, dont seul peut rendre compte le soin    avec lequel des corporations savantes ou sacerdotales ont su    maintenir chacune de son ct,  travers deux millnaires d'une    protohistoire  coup sr mouvemente, une tradition jalousement    entretenue. C'est, par exemple, la fidlit au blanc comme    symbole de la  premire fonction , par opposition notamment    au rouge des rois ou des guerriers, qu'il s'agisse du bonnet du    flamine romain (l'albo-galerus) ou du vtement de l'officiant    indo-iranien (car certaines des concordances s'tendent     l'Iran mazden) ou celtique : deux notices de Pline l'Ancien    (XVI, 149; XXIV, 103) sont  cet gard tout  fait    premptoires. - D'autre part, le plus vieux droit irlandais    (dont la rdaction parvenue jusqu' nous s'chelonne du VIe au    VIIIe sicle) et le plus vieux droit indien (Lois dites de    Manu, dont la recension est plus ancienne d'environ un    demi-millnaire) prsentent entre eux des convergences portant    sur des points prcis, et qui ne sauraient tre fortuites :    l'incapacit de la femme, formule en termes pratiquement    identiques, avec la mme exception pour la fille piclre,    substitut du fils en l'absence d'hritiers en ligne masculine;    le nombre de gnrations retenues comme constitutives de la    grande famille; les divers modes de mariages, etc. Les druides    et les brahmanes ont entretenu de mme la croyance en    l'efficacit magique de la dclaration ou du rcit vridique.    Ainsi, un texte irlandais, peut-tre du VIIIe sicle, fait    noncer  un juriste lgendaire une srie d'aphorismes destins     un prince, lui promettant, s'il pratique la Vrit, un rgne    heureux et puissant, l'loignement de la mort pour ses    populations, un juste quilibre des saisons, etc. Il n'est pas    rare que des textes narratifs assurent  ceux qui les coutent    protection, succs en justice, en voyage ou  la chasse : en    quoi l'Irlande rejoint exactement la doctrine indienne du    ravanaphala- ( fruit de l'audition [vridique ou sacre] ),    plusieurs fois raffirme dans le Mahabharata par exemple. On    sait par ailleurs que la Vrit est dans les conceptions    indo-iraniennes une composante de l'ordre cosmique; elle fait    l'objet d'un respect religieux qui s'affirme par exemple sur    les inscriptions monumentales des rois de Perse achmnides.    Identique en Inde et dans le monde celtique a t aussi    l'attitude des corps savants devant l'criture. Cette dernire,    on le sait, tait pourtant connue dans la Gaule hellnise,    surtout  Marseille, ds le VIe sicle avant notre re; des    inscriptions en langue gauloise montrent que l'alphabet grec    avait lentement pntr le long de la valle du Rhne et mme    au-del de la Loire. Et, si obscure que soit l'origine des    critures indiennes, il parat vraisemblable que les relations    avec l'Empire perse, matre de la rgion de l'Indus, avaient    apport l'usage,  des fins administratives ou mercantiles, de    la langue et de l'criture aramennes, bien que tout tmoignage    direct fasse ici dfaut. Quoi qu'il en soit, mme les    grammairiens sanscrits (sans parler par exemple de l'pope) ne    font aucune allusion  l'criture. Et il est curieux de    constater que l'pigraphie indigne apparat au IIIe sicle en    Inde comme - de manire trs limite - en Gaule du Midi. Quant     l'emploi de l'ogam maintes fois voqu dans la littrature    irlandaise, il ne s'agit pas encore du systme alphabtique qui    se constituera sous ce nom dans l'Irlande chrtienne et    latinise du IVe sicle, mais de signes magiques, sortes de    sortilges gravs, dont seuls, d'ailleurs, les druides ou les    filid avaient la matrise. On est donc en prsence d'un    attachement bilatral, et dlibr, au principe de l'oralit,    avec cette circonstance rvlatrice qu'en ce qui concerne la    Gaule, la responsabilit des druides est explicitement affirme    par le tmoignage de Csar (B. G., VI, 14). En Inde, o Vak (    Parole ) tait divinise, on estime que la transmission    exclusivement orale des parties versifies du Veda (hymnaires,    formules liturgiques, etc.) s'est poursuivie jusqu'au milieu du    Moyen ge; nagure encore la mmorisation de textes trs    tendus tenait une grande place dans l'apprentissage des futurs    pandits. On a pu parler  ce propos, comme d'une constante de    l'rudition indienne, d'un long ddain pour la chose crite.    Mais ici nous touchons  un aspect trop essentiel du druidisme    - l'enseignement, la valeur sacre de la parole, la part de la    mmoire et de l'improvisation dans la composition potique ou    savante -, pour ne pas lui rserver un dveloppement  part,    qu'on trouvera plus loin.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    II - Organisation hirarchique, enseignement,    recrutement  <\/p>\n<p>    Par  organisation hirarchique , il ne faudrait    pas entendre une structure cohrente, sorte d'glise constitue    soumise  une autorit centrale analogue  celle qu'exerait     Rome le pontifex maximus. Le monde celtique ancien ne comptait    pas, on le sait, d'tats centraliss. Cependant, d'une part, la    classe des druides possdait au moins l'embryon d'une    organisation supra-nationale : il suffit d'voquer la runion    que les druides des diverses  cits  de Gaule tenaient tous    les ans. D'autre part, ces mmes druides gaulois lisaient une    sorte de prsident, investi, dit Csar (VI, 13, 8), de  la    plus grande autorit morale  (summam auctoritatem). En outre,    la classe comptait diverses fonctions spcialises, mieux    connues pour l'Irlande que pour la Celtique continentale mis     part trois d'entre elles : l'invocateur, le devin et le barde    :  <\/p>\n<\/p>\n<p>    1 - c'est par  invocateur  qu'il convient    d'interprter le mot transcrit gutuater sur quelques ddicaces    latines de Gaule, l'lment gutu- tant  rapprocher de l'irl.    guth  voix , ce qui placerait le gutuater dans la classe    druidique  un niveau comparable  celui du hotar brhmanique    (sans parent tymologique entre les deux noms); on notera que    le titre, conserv exceptionnellement  l'poque romaine,    dsigne un prtre attach  un culte particulier (en l'espce    celui d'Anvallos, dieu rgional d'Autun, et de Mars, lequel    recouvre  coup sr un dieu tutlaire de  cit ); or, ce    service d'un culte personnel n'est jamais dit d'un druide et    c'est ce caractre troitement cultuel qui l'avait sans doute    fait tolrer par le pouvoir romain;  <\/p>\n<\/p>\n<p>    2 - le devin (en Gaule uatis, en Irlande faith),    porte un vieux nom indo-europen occidental conserv en latin,    et dont la racine renvoie  la notion de  possession ou de    transe mystique , puis d 'inspiration divinatoire ou potique    , valeurs encore trs sensibles en germanique : le nom    d'Odhinn (Wotan) en drive, ainsi que les mots all. Wut     fureur  ou v. anglais wods  chant ; ce dernier sens est    aussi, avec la nuance particulire de  chant de louange ,    celui du moy. gallois gwawd; la tradition galique a cependant    privilgi un nom du  voyant  (fiIe, au pluriel filid, du    celt. anc. *wel-  voir ), qui dsigne le plus gnralement    dans les textes les divers reprsentants du corps savant ou    magicien; peut-tre par suite de l'effacement du druide prtre,    il occupe un rang lev dans la hirarchie sociale; la    prophtesse Velleda de la petite tribu germanique rhnane des    Bructres indique que le prestige de ce nom, et sans doute de    la fonction, ont rayonn  la priphrie du monde celtophone;    l'Irlande connat aussi la  devineresse     (ban-file);  <\/p>\n<\/p>\n<p>    3 - plus connu, le barde (anc. bardos, irl. brd,    gall. bardd, etc.) tait proprement le  louangeur , le     chantre  charg de composer l'loge versifi des chefs ou un    chant de guerre devant les troupes (cf. sanscr. gir-  chant de    louange ); attest dans toute l'tendue du monde celtique, il    reprsentait un degr modeste dans la classe druidique, et sans    doute est-ce pour cette raison qu'il lui a survcu pour ainsi    dire jusqu' nos jours : qui dit  barde  ne pense-t-il pas    d'abord  ces mnestrels bretons (barzhed) qui, au XIXe sicle    encore, s'en allaient de foires en chteaux drouler les    couplets de leur composition ou de leur rpertoire ? Chose    trange, le mystrieux pouvoir qu'ils tenaient d'une antique    tradition n'avait pas tout  fait disparu, et il arrivait qu'on    les consulte dans les affaires graves de la famille : aussi    bien, tous les potes ou chanteurs populaires ne dtenaient pas    le titre de barde. Comme on lisait en Gaule un druide suprme    (au terme d'une comptition qui n'tait pas toujours    platonique), de mme l'Irlande proclamait, au terme d'une    disputatio verbale, un docteur (ollam, littralement  suprme,    minent ), qui revtait une robe spciale : tmoin, par    exemple, le  Colloque des deux sages , dont le vainqueur    tait l'un des plus illustres potes mythiques de l'le,    Ferchterne. Ici encore, rencontre entre traditions gauloise et    galique. Le recrutement des druides de l'Antiquit tait, cela    va sans dire, aristocratique - entendons qu'il concernait les    deux premires classes, traduction dans la pratique sociale des    deux  fonctions  dumziliennes de souverainet et de force    guerrire. Toutefois, il importe de noter, pour notre propos,    que nous n'en connaissons pas les rgles prcises, dont il    n'est pas sr qu'elles n'aient pas vari avec le temps, les    peuples, les circonstances. Nous les dduisons d'aprs les    textes, spcialement irlandais, qui sont de nature plus pique    ou mythologique que religieuse.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    On sait du moins par un passage clbre de Csar    (VI, 14) que les apprentis druides passaient par un noviciat de    vingt annes, dure que la tradition irlandaise rduit  douze    ans. D'autre part, le mme texte nous apprend que les druides    taient les ducateurs de la jeunesse. Ds lors se pose une    question. Entre leurs lves, nombreux (magnus adulescentium    numerus), et les candidats retenus  la prtrise, o se situait    la limite, comment s'oprait la slection, et quelle tait la    part de la slection et celle de la vocation ? Cl. Sterckx, que    la question a rcemment retenu, suggre que si l'accs     l'enseignement n'tait pas rserv  la caste druidique, il    peut ne s'tre agi que d'une partie du savoir  profane  ou,    au plus, de formes auxiliaires de sacerdoce ne requrant qu'un    cursus moins long, tandis qu'on a pu rserver aux fils de    druides les formes suprieures de la science thologique, les    arcanes. De fait, ajoute Cl. Sterckx,  des textes les plus    anciens... aux derniers sicles des populations claniques    d'Irlande et d'cosse, l'hrdit des fonctions (druides,    potes, musiciens, mdecins...) est gnrale . Il semble bien    en effet ressortir de deux passages du pote bordelais Ausone    (Prof. Burdigal., IV, 7 et X, 22 Peiper) que des sacerdoces    exercs autrefois en Gaule taient hrditaires. Le fait que    les deux personnages voqus soient devenus au temps d'Ausone    des rhteurs et des professeurs tmoigne mme d'une volution    caractristique : le savoir s'est lacis en mme temps qu'il    s'est latinis, mais il est rest une constante dans les deux    familles. D'autre part, une version du clbre rcit pique    irlandais  le Rapt des vaches de Cooley  (Tin b Cualnge)    voque le grand druide Cathbad et sa classe de cent cinquante    enfants nobles, dont huit seulement, dit le texte,  taient    capables de science druidique ; et une autre version parle,     propos de la mme classe, de  cent tourdis , nous apprenant    ainsi que les lves n'taient pas tous arms de fortes    motivations, et en mme temps que les chiffres de 100 ou 150    taient conventionnels, donc exagrs. D'autre part, il n'y    avait pas de cloisons tanches entre la classe druidique et la    noblesse guerrire; tel fils de noble pouvait devenir druide,    et inversement : le roi d'Ulster Conchobar tait le fils du    druide Cathbad. En Celtique continentale, le druide Diviciacus    commande une arme duenne (Cs., II, 10, 5); en revanche, il    ne ressort pas clairement du tmoignage de Cicron (De diu.,    II, 37) que le chef galate Djotarus, contemporain de Csar,    ait lui-mme accompli l'acte technique d'une prise d'auspices :    il a pu tre accompagn d'un augure professionnel comme et    fait un gnral romain. Que conclure de tout ceci ? Assurment    - la longueur mme des tudes l'imposait -, le recrutement des    lves tait rserv  l'aristocratie et, du moins pour les    premiers degrs, non ncessairement  la seule classe    druidique. Or, on va voir que celle-ci comportait une srie de    grades, de fonctions d'ingale dignit. Il est donc  prsumer    que des tudes plus courtes, limites au savoir  laque  (au    sens tout relatif de ce terme), conduisaient  certains grades,    tandis que les plus levs, o entrait une part indterminable    de vocation personnelle, de slection intellectuelle et de    tradition familiale, auront t rservs  une lite. Ceci,    sans compter des avantages apprciables : exemption d'impts et    de service militaire (Csar, VI, 14, 1).  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Avec le temps, l'appartenance familiale, qui    d'ailleurs devait avantager intellectuellement les candidats, a    pu devenir prpondrante, jouer ds l'enfance et envahir mme    les fonctions subalternes. Quoi qu'il en soit, tous les    historiens ont soulign l'originalit, dans les socits    occidentales antiques, d'un systme ducatif subordonnant de    manire aussi troite  un clerg la formation des lites; et    l'on a mme pu voquer  ce propos le rle des jsuites dans    nos socits  l'poque moderne. Il est vrai que le monde    grco-romain n'offre rien de pareil; et sans doute le    dveloppement inhabituel qu'y consacre Csar trahit-il, de la    part de ce sceptique en matire religieuse, un certain    tonnement. Ici encore s'impose la comparaison avec l'Inde    ancienne o, aprs l'enseignement lmentaire des lettres et du    calcul, le trs jeune adolescent entrait dans le brahmacarya,    nom qui indique clairement qu'il s'agissait d'une sorte de    noviciat : le savoir  laque  y tait abord dans ses    rapports avec le Veda au sens large. En vrit, il s'agit     l'vidence, dans la Celtique comme en Inde, d'une conception    archaque de la socit o le savoir n'est pas dgag encore de    la spculation et de l'exprience magico-religieuse. La socit    trusque, o les devins (rapprochs des druides par Cicron    dj, De div., I, 41) enseignaient la jeunesse noble et    attiraient encore  l'poque romaine les fils de patriciens,    prsente un stade analogue, avec, toutefois, une emprise    sociale sensiblement moindre. On en dira autant de l'ancienne    cole pythagoricienne de Grande-Grce, o la spculation sur    les nombres et sur les astres voisinait avec l'exprience    mystique, et o les anciens avaient d'ailleurs relev les    croyances communes avec les druides touchant l'immortalit de    l'me. Comment pouvait se prsenter cet enseignement ? Sous le    signe de l'oralit, cela va de soi; mais l'oralit ne va pas    sans une mnmotechnie labore. Comme nous avons tout lieu de    croire que la littrature rudite de l'Irlande mdivale a    prserv une partie de cet enseignement - en principe la partie    profane mais, par bonheur, la discrimination n'a pas t trop    svre -, nous pouvons nous faire une ide, non seulement du    contenu de la matire, mais de la manire mme dont elle tait    expose. Ainsi, le Glossaire de Cormac, compil vers 900, et    source majeure pour notre connaissance de la vieille tradition    galique, se prsente sous la forme de sentences concises    composes, ciseles plutt, dans une langue savante, prcieuse,    mtaphorique, riche en archasmes, dont les filid    s'enorgueillissaient de matriser toutes les subtilits; c'est    cette mme recherche  artiste  qui prside  la posie    lyrique galloise des dbuts du Moyen ge : la monotonie des    thmes y est rachete par l'extrme recherche de l'expression.    Nul doute qu'il se soit agi, l encore, d'un phnomne de    tradition, li  l'oralit : formules religieuses, aphorismes    de droit, strophes laudatives destines aux rois ou aux hros,    tout cela devait, pour tre mmoris, mais aussi pour plaire     l'lite, chapper  la banalit de la langue commune. Et,     l'cole druidique, il fallait l'exgse du matre, et le    dialogue qui s'engageait entre matre et disciples, non    seulement pour comprendre, mais encore pour actualiser, faire    vivre en quelque sorte ces condenss traditionnels et    immuables. De ces dialogues, les morceaux savants, souvent de    caractre tiologique, qui maillent les sagas irlandaises    donnent une ide. Un personnage interrompt le rcit en    entendant un nom qui retient sa curiosit :  d'o vient tel    nom ?  et un savant file, jamais  court, de rpondre :  ce    n'est pas difficile... . Suit un topos qui nous fait connatre    une lgende appuyant une tymologie. Le procd est constant.    Or, cette manire de faire alterner morceaux sotriques,    versifis lorsqu'ils ont un caractre lyrique, et le rcit ou    le commentaire rdig dans une prose plus fluide, moins    archaque au moment de sa fixation par crit, on la retrouve    dans d'autres littratures du monde indo-europen ancien.    Parfois mme les sutures en prose n'ont pas survcu au moment    de la mise par crit. A. Meillet a ainsi propos, de manire    sduisante, d'expliquer l'obscurit et le dcousu des stances    zoroastriennes de l'Avesta, les gth. La littrature vdique    ou bouddhique mme offre des faits du mme ordre. Il reste un    souvenir de ce procd dans le thtre grec, o alternent les    parties chantes par le coeur, de versification complique,    composes dans le dorien conventionnel et savant du genre    lyrique, et les parties dialogues, qui seules font progresser    l'intrigue, et utilisent en principe le parler courant    d'Athnes, dans un mtre souple, proche du rythme naturel de la    langue. Or, la plus ancienne posie lyrique irlandaise ou    galloise, dont certaines pices peuvent avoir t composes ds    le trs haut Moyen ge, se trouve, mutatis mutandis, dans une    situation comparable  celle des gths de l'Avesta : les    dveloppements originaux en prose qui les encadraient et leur    assuraient une cohrence ont pratiquement disparu. Plus tard    seulement les sagas irlandaises ont enchss de tels morceaux    lyriques, dont la forme recherche contraste avec l'absence    d'art de la prose qui droule la trame du    rcit.  <\/p>\n<\/p>\n<p>     la lumire de ce qui prcde, on comprend mieux    le refus de l'criture. Hritage de la prhistoire, sans doute,    maintenu par le conservatisme inhrent  toute religion. Mais    cette attitude a pris un autre sens lorsque les circonstances    historiques eurent introduit la connaissance de l'criture dans    les pays celtiques. Aux deux raisons un peu courtes allgues    par Csar : souci d'sotrisme corporatif et danger    d'affaiblissement de la mmoire chez les lves, Dumzil, mis    en veil par un texte de Plutarque (Numa, 22, 2), en a    substitu une troisime, plus profonde et d'o dcoulent les    deux autres : sans la parole vivifiante du matre, ce savoir    tait vou  la sclrose, il devenait seulement formulaire, et    donc, comme dit Plutarque, apsukhon. C'tait, en somme, le    moyen de concilier tradition et actualit. Cl. Sterckx fait    remarquer  ce propos que les inscriptions celtiques ou mme    gallo-romaines s'en tiennent  des messages immuables    (pitaphes, ex-voto, excrations... ) jusqu' l'poque    chrtienne. Il est vrai que la Gaule conquise par Csar, qui ne    manquait pas d'coles, n'a donn aucun crivain latin avant le    Bas-Empire : inconscient ou non, serait-ce l un effet du vieil    interdit druidique ?  <\/p>\n<p>    III - Savoirs et pouvoirs  <\/p>\n<p>    On l'a vu, l'un des traits par o le statut des    druides rejoint celui des brahmanes de l'Inde est leur    proximit vis--vis du pouvoir : pouvoir royal  l'origine, en    tant qu'il continuait la vieille royaut sacerdotale    indo-europenne, rgime de magistratures qui prvalait en Gaule    continentale au temps de Csar. Il est mme significatif qu'    la diffrence de ce qui s'est pass chez les trusques et     Rome aprs l'viction des rois, o le lucumon et le rex    sacrorum ne conservent plus que des fonctions sacerdotales, les    druides de Gaule disparaissent compltement de la scne ds le    lendemain de la conqute. L'autorit romaine ne pouvait tolrer    pareille emprise sur les rouages de la socit ; mais elle a    laiss subsister, du moins  l'chelon municipal, une fonction    politique avec le vergobret, dont le pouvoir, d'ailleurs trs    coercitif - le mot peut s'interprter  qui a le jugement    efficace ou excutoire  -, tait auparavant sanctionn par les    druides (per sacerdotes more ciuitatis, dit Csar, VII, 33, 4).    Magistrat suprme chez des peuples aussi loigns l'un de    l'autre que les duens ou les Lexovii (Lisieux), il se retrouve     l'poque romaine,  Saintes, conservant son titre mais en    mme temps prpos au culte imprial et questeur urbain. La    puissance spirituelle des druides au service du pouvoir    temporel, qui en tait l'manation, les dsignait comme    ambassadeurs et mme comme intercesseurs au service de la paix.    L'crivain grec Appien voque Bituit, roi des Allobroges vers    220 av. J.-C., venant en somptueux quipage au-devant du    gnral romain Domitius Ahenobarbus, suivi d'un pote chantant    la louange  la fois du roi et de son ambassadeur (Hist. rom.,    IV, 22). De son ct, Diodore de Sicile nous montre les druides    exerant une grande influence sur les questions  de paix et de    guerre , et en particulier s'entremettant entre deux armes    adverses, prtes  s'affronter, pour arrter le combat (V, 31).    Mais ce pouvoir mme, c'est avec les moyens du pote-magicien    qu'il s'exerce, comme le montre par exemple ce passage d'un    rcit irlandais, dont j'emprunte la traduction  Fr. et Chr. Le    Roux-Guyonvarc'h (Druides, p. 107) :  Alors se leva le pote    prophtique  la parole tranchante, l'homme au grand art    potique... et les hommes d'art des Fianna [nom du clan]... et    ils se mirent  chanter leurs lais... et leurs hymnes de    louange  tous ces hros [opposs dans un combat] pour les    calmer et les adoucir. Ils cessrent de se broyer et de se    hacher devant la musique des potes... Les potes ramassrent    les armes et ils firent la rconciliation entre eux . On ne    saurait mieux caractriser  la fois la puissance magique    prte  la posie et aussi le soin que met le rdacteur    chrtien  viter de parler de druides. Dans un autre rcit, on    voit le druide Sencha arrter  deux reprises une querelle qui    s'lve entre les guerriers ulates. On sait quelle activit    diplomatique a dploye l'duen Diviciacus. Lorsque la nation    duenne s'est trouve expose au danger germanique, il n'a pas    hsit  se rendre  Rome, l'anne du consulat de Cicron, pour    y chercher du secours, puis, en 58,  appeler l'intervention de    Csar, et enfin, au cours de la premire campagne de Belgique,     intercder en faveur des Bellovaques, anciens allis des    duens. Pourtant, Diviciacus n'tait pas qu'un ngociateur    habile : il tait, nous apprend Cicron, trs vers dans les    sciences de la nature et dans l'art divinatoire (De diu., I,    41, 90). Leur proximit avec le pouvoir politique faisait des    druides des juges et des jurisconsultes. Ceci n'avait pas    chapp  Csar, membre d'une nation minemment juriste et    procdurire. Le proconsul s'arrte mme  cet aspect de    l'activit des druides bien plus qu' leurs charges    sacerdotales, distinguant mme droit civil et droit public,    prcisant, entre autres dtails, que les crimes, les litiges    successoraux ou fonciers donnaient lieu  compensation    pcuniaire ou, comme en droit irlandais,  des prix d'honneur    (praemia, VI, 13, 5), mais aussi que la cit ou le particulier    qui s'y droberait tait puni d'une interdiction de sacrifice,    poena grauissima (id., 6) : la sanction suprme tait donc    d'ordre religieux. Et sans doute, les controuersiae et les    iudicia dont parle Csar (VI, 13, 10)  propos de l'assemble    annuelle des druides visent des sentences d'arbitrage et des    procs pour lesquels l'assemble sigeait en degr d'appel, ou    qui concernaient deux nations ou deux fdrations en conflit.    L'un des monuments les plus authentiques sans doute de la    science druidique est le vieux droit irlandais, dont les    articles sont composs en vers heptasyllabiques termins par    une unit rythmique fixe (dactyle) pour les besoins de la    mmorisation, ce qui souligne ses origines    orales.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Le celtique commun avait un radical bret- pour     prononcer un jugement, exercer la justice  : au uergo-bretos    gaulois rpond le brithem  juge  galique (cf. aussi breth     jugement , gallois bryd  avis, pense ). La langue des    traits de droit irlandais est, comme celle de certains    fragments lyriques, la forme la plus archaque du galique que    nous puissions atteindre aprs les inscriptions en ogam; et,    quant au fond, on a vu quelles analogies il prsente avec le    Manavadharmaastra ( Lois de Manu ). Un autre tmoin de la    science druidique est le grand calendrier pigraphique, rdig    en gaulois, retrouv  Coligny (Ain), et o s'affirme encore     l'arrire-plan la vieille conception lunaire de la division du    temps, donc de l'anne, corrige par les donnes solaires. La    concidence entre le mois de Samonios et la fte irlandaise de    Samain, comme la rencontre de la date de la fte de Rome et    d'Auguste  Lyon (ancienne fte du dieu Lugus) et de celle de    Lugnasad en Irlande, ou encore de l'assemble druidique et du    Beltaine irlandais, tout cela montre que les druides, ici    encore, taient comme les pontifes romains les gardiens d'une    trs antique tradition. On a vu plus haut quelle force la    culture celtique attribuait  la posie. On ne s'en tonnera    pas. Il en allait de mme dans la Rome primitive : le double    sens de carmen, littralement  chant  (*can-men), et qui    dsigne  la fois le  charme , la  formule magique  et le     pome , suffit  le rappeler. Et cette croyance a persist    longtemps en pays celtique : un proverbe breton ne dit-il pas    que  la posie est plus forte que les trois choses les plus    fortes : le mal, le feu et la tempte  ? On croirait lire un    aphorisme tir d'un recueil druidique. L'une des prrogatives    les plus constamment prtes aux druides, en effet, est la    matrise des lments naturels : c'est Ferchterne, dj    rencontr, qui fait baisser les eaux du lac et des rivires    quand il satirise, et les fait gonfler quand il loue; c'est    Forgoll, qui ose menacer son roi d'une satire qui rendra    striles les arbres et les champs du royaume; c'est, dans le    pome gallois  le Combat des arbrisseaux , le sortilge d'o    est sorti le motif shakespearien de la  fort marchante .    Sans doute, nous quittons ici le domaine de la vie sociale pour    entrer dans celui des croyances et de la lgende : mais une    croyance collective n'est-elle pas en soi un fait social ? Il    en va de mme du blme. Car s'il compose des chants de louange,    le druide est aussi un satiriste auquel on prtait une    redoutable efficacit : ceci n'tant, au reste, qu'un autre    aspect de la force contraignante de la Parole, comme l'ont bien    vu Fr. et Chr. Le Roux-Guyonvarc'h :  la parole ou la    prdiction du druide a dtermin,  court ou  long terme, les    conditions de sa ralit  (Druides, p. 199). Que d'ulcres,    souvent mortels, causs par une maldiction ou un blme, voire    par le faux jugement d'un file ! Nagure encore, on composait    en Bretagne des pomes satiriques pour venger un dommage ou une    offense... Si le druide gaulois, le file irlandais ou le barde    gallois est ainsi conteur, satiriste, matre en posie et en    grammaire, il est aussi, ncessairement, gnalogiste et    mythographe : c'tait en ce temps la forme du savoir    historique. On l'a vu au dbut de cet essai, il n'est pas    douteux qu'on doive attribuer  la classe sacerdotale le mrite    d'avoir gard en mmoire ce trsor de traditions et de lgendes    qui fait la richesse unique des littratures celtiques    mdivales, avant que les clercs chrtiens ne les mettent par    crit, les sauvant de l'oubli o risquait de les emporter    l'effacement du paganisme :  bndiction sur quiconque gardera    fidlement la Razzia [des vaches de Cooley] en mmoire , dit    l'un d'eux, qui croit devoir ajouter toutefois qu'il ne croit    pas  cette fable (fabula), tissu de fictions potiques ou d'    artifices de dmons  (praestigia demonum). D'une faon    gnrale, la socit celtique semble avoir eu la hantise de    l'oubli;  Rome, la memoria avait t elle aussi, ds l'veil    d'une conscience historique, une proccupation majeure des    familles patriciennes. En Irlande, indpendamment des scla ou     rcits  proprement dits, des recueils comme le Cir anmann    dj cit, ou les Dindsenchas (litt.  histoires des villes )    sont  mettre au compte des druides  historiens , les sencha    ( antiquaires ), un nom port par ailleurs par plus d'un    personnage des rcits. Pour l'Antiquit, Camille Jullian avait    autrefois runi, dans un essai qui n'a pas t remplac, les    thmes littraires de tout genre que les crivains grecs ou    latins sont susceptibles d'avoir emprunts  la tradition    celtique. Mais les druides sont aussi de savants naturalistes,    astronomes ou herboristes et, par suite, des mdecins. Les    crivains grecs parlent  leur sujet de phusiologoi; Csar nous    les montre occups des mouvements des astres et de cosmographie    (VI, 14, 6). Mais l encore ils agissent autant par leur    pouvoir surnaturel que par leur savoir. Lorsque le    druide-mdecin du roi d'Ulster Conchobar, Fingen, nonce :     c'est la force de la sagesse mdicale, la gurison des    blessures, l'loignement de la mort , nous avons un cho de    l'ancienne conception tripartie de l'art mdical chez les    Indo-Europens, qui s'exprime aussi dans l'Avesta et chez    Pindare. Aussi une opration, mme habile, pouvait avoir des    effets inattendus. Tmoin la msaventure d'un gardien de Tara,    l'antique capitale de l'Irlande: l'oeil de chat qu'on lui avait    greff s'ouvrait la nuit aux cris d'une souris ou d'un oiseau,    mais laissait endormi le malheureux portier lorsque arrivait    une troupe. Diancecht, le dieu-gurisseur des grands dieux,    devenus hros d'Irlande (les tuatha d Danann), se fait fort de    gurir tout bless, si grave que soit sa plaie,  moins qu'on    ne lui ait coup la tte. Or, les savants dcoupages    anatomiques dont tmoignent les ossuaires sacrs dcouverts     Gournay-sur-Aronde (Oise) font sinistrement cho  cette    apparente forfanterie. Quant au thme des ttes coupes, il    trouve, on le sait, son expression plastique dans les    sculptures celto-ligures de Provence,  Entremont prs d'Aix ou     Roquepertuse, pour ne rappeler que ces deux sites bien    connus. Comme l'observent Fr. Le Roux et Chr. Guyonvarc'h, la    dcapitation, en interdisant toute gurison terrestre, assurait    le transfert au vainqueur de toutes les capacits relles ou    virtuelles du vaincu (Druides, p. 201). La pharmacope tait    riche. La nomenclature botanique transmise par le naturaliste    Dioscoride, les recettes mdicales transcrites en gaulois par    Marcellus de Bordeaux sont peut-tre l'cho, via quelque trait    gallo-romain, de l'enseignement druidique. Ici aussi, on    rencontre un savoir pan-celtique : le nom gaulois du  gui ,    parasite du chne dont on sait avec quel crmonial les druides    faisaient la cueillette, signifie au tmoignage de Pline    ]'Ancien  panace  (XVI, 249) : or, c'est aussi ce que    signifient les composs irlandais et gallois pour dsigner la    mme plante.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Conclusion  <\/p>\n<p>    Il n'tait pour ainsi dire pas de secteur de la    vie sociale des anciens Celtes, pas un pan de leur vie    intellectuelle qui ne ft plac sous le contrle troit de la    classe sacerdotale. Les Celtes offrent ainsi l'exemple d'une    organisation archaque dont le monde grec et romain n'a plus,    ds l'aube de son histoire, que des survivances isoles.    Puissante gardienne de l'unit celtique dans ses formes    suprieures, la classe druidique apparat comme un miroir o la    socit tout entire se projette en se sublimant. Mais en mme    temps cette socit s'en remet entirement, et collectivement     elle pour ce qui touche  ses rapports avec le divin. Et, si    l'aspect individuel du sacerdoce druidique parat pour une trs    large part s'effacer devant sa dimension sociale, l'archologie    ne montre non plus aucune trace d'une dvotion, d'une pit    individuelle. J.-L. Brunaux, prsentant devant l'Acadmie des    inscriptions (CRAI, 1997 les rsultats des fouilles rcentes    des grands sanctuaires de Picardie, observe qu'il s'agit    d'normes sacrifices d'animaux et de trophes guerriers, non    d'offrandes individuelles : ni cramiques, ni bijoux; ce sont    des trsors sacrs grs par des prtres. Et peut-tre cela    rend-il compte, au moins en partie, du caractre exclusivement    monastique du premier christianisme irlandais, dont il parat    indniable qu'il ait relay sans rupture brutale la tradition    druidique. Ceci, toutefois, est un autre    sujet.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Suggestions bibliographiques  <\/p>\n<p>    Tous les aspects du druidisme, vie sociale et    doctrine, tmoignages historiques et lgendaires, sont abords    dans l'ouvrage dsormais classique auquel on s'est rfr ici    plus d'une fois : Fr. Le Roux et Chr.-J. Guyonvarc'h, Les    Druides, 4e dition, Ouest-France Universit, Rennes, 1986.    Pour une approche plus rapide, on peut voir par exemple : M.    Dillon, N. Chadwick et Chr.-J. Guyonvarc'h, Les Royaumes    celtiques, trad. et adapt. fran., Fayard, Paris, 1974. J.    Loicq, art. Druides et druidisme dans P. Poupard (d.),    Dictionnaire des religions, 3e d., P.U.F., Paris, 1992. - Cet    article est conu dans le mme esprit que l'essai qu'on vient    de lire, mais prend en compte les aspects proprement cultuels    et doctrinaux du druidisme, abords ici d'une manire    incidente. Cl. Sterckx et P. Cattelain, Des dieux celtes aux    dieux romains, d. du CEDARC, B-5670 Treignes, 1997. -    Sommaire, mais suggestif, et intgre les rsultats des fouilles    des sanctuaires de Gournay-sur-Aronde et Ribemont-sur-Ancre.    J'ai connu trop tard l'article brillant, en partie orient vers    ces mmes sanctuaires, de J.-L. Brunaux, Le pouvoir des    druides, entre mythes et ralits, dans Pour la Science,    dossier n. 7625 (octobre 1999). L'dition classique du De bello    Gallico de Csar par Benoist, Dosson et Lejay, munie d'un    abondant dictionnaire historique auquel avait collabor le    celtisant . Ernault (Hachette, Paris, rimpr. jusqu'en 1928),    demeure un instrument de travail irremplac en langue    franaise. Sur les origines indo-europennes de la classe    sacerdotale, le livre-programme de G. Dumzil, Jupiter, Mars,    Quirinus, 3e d., Paris, 1941, demeure suggestif malgr sa date    et les amnagements ultrieurs qu'on a pu apporter  la    doctrine. On verra aussi, de M. Dillon, Celt and Hindu dans le    Vishveshvaranand Indological Journal, I et  part, Vishveshv.    Vedic Research Inst., Hoshiarpur (Inde), 1963, et (plus bref)    Les Roy. celt., p. 11 sv. L'essai de C. Jullian, De la    littrature potique des Gaulois, a paru dans la Revue    archologique, 1902, 1. - Conjectural, mais intressant. Sur    les procds de composition de la lyrique irlandaise et    galloise, ou verra : J. Vendryes, Sur un caractre traditionnel    de la posie celtique, 1930, reproduit dans Choix d'tudes    linguistiques et celtiques, Klincksieck, Paris,    1952.  <\/p>\n<\/p>\n<p>    Lire le    site d'origine de ce texte  <\/p>\n<p><!-- Auto Generated --><\/p>\n<p>See the rest here:<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/www.memetics-story.com\/\" title=\"Memetics Story\">Memetics Story<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> DRUIDE : Celui qui est trs savant PREMIRE MISSION : SECONDE MISSION : TROISIME MISSION : LES DRUIDES DANS L'ANCIENNE SOCIT CELTIQUE Envisags au sens large, c'est--dire en tant qu'ils forment une classe sacerdotale, les druides offrent l'exemple accompli d'un groupe assumant au niveau le plus lev les valeurs, non d'un tat, mais d'un ensemble ethnique tout entier, dont il reprsente la foncire unit en mme temps qu'il contribue puissamment la maintenir, en dpit d'une grande dispersion dans l'espace - des rives de l'Atlantique la Cappadoce. Leur prsence, il est vrai, n'est pas formellement atteste partout dans le monde celtique; mais ceci tient, en partie au moins, l'indigence de notre information. Celle-ci repose sur les notices occasionnelles livres par la littrature grecque ou latine relaye, en Bretagne insulaire et surtout en Irlande, par une littrature mdivale hautement conservatrice, mais christianise <a href=\"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/memetics\/memetics-story\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[187741],"tags":[],"class_list":["post-174417","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-memetics"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/174417"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=174417"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/174417\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=174417"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=174417"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.euvolution.com\/prometheism-transhumanism-posthumanism\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=174417"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}